Le Mot du Doc N°15 - Le poignet du rameur

Dimanche, 25 Octobre, 2015

Le poignet du rameur

Docteur Michel BRIGNOT

Médecin de Ligue Franche-Comté d'Aviron

Membre de la Commission Médicale de la FFA

L’aviron représente l’un des sports les plus fréquemment responsables de pathologies du poignet, pour l’essentiel des tendinopathies directement en rapport avec le geste du rameur.

Véritable “courroie de transmission“ entre la main qui tient l’aviron et l’avant-bras, le poignet du rameur subit de nombreuses contraintes mécaniques qui se répètent à chaque coup d’aviron. La moindre imperfection dans le geste technique, une sollicitation inappropriée en force ou en amplitude ou une modification du geste peuvent finir par entraîner des pathologies pour la plupart tendineuses. Les pathologies du carpe par instabilité ou fractures sont évidemment plus rares car elles surviennent généralement dans un contexte macro-traumatique exceptionnel dans la pratique de l’aviron. D’un point de vue squelettique, le poignet est une articulation complexe qui implique les 2 os de l’avant-bras (l’ulna et le radius) et tous les petits os du carpe dont certains s’articulent avec les métacarpiens. Le poignet est également le point de passage d’organes sensibles : tendons fléchisseurs et extenseurs de la main et des doigts qui coulissent pour la plupart dans des gaines fibreuses, nerfs, vaisseaux.

Rappel biomécanique

En théorie dans la pratique de l’aviron, le poignet est parfaitement immobile dans le sens transversal sans aucun mouvement d’inclinaison ulnaire (en dedans par rapport à l’axe longitudinal de l’avant-bras) ou radiale (en dehors par rapport à l’axe longitudinal de l’avant-bras) et sans mouvement de pronation ou supination de la main. En réalité, la main est surtout mobilisée en flexion dorsale (extension) lors du dégagé et du quart de tour du renvoi d’avirons et très peu dans la phase de propulsion. On aura donc surtout affaire à une pathologie des tendons extenseurs de la main, plus rarement à une tendinopathie des fléchisseurs des doigts en rapport avec une attitude crispée des doigts sur la poignée d’aviron. Cet article ne se veut pas exhaustif et vous présente les principales tendinopathies du poignet chez le rameur.

Ténosynovite de De Quervain

Elle est fréquemment rencontrée chez les rameurs pratiquant très régulièrement. Elle se traduit par une tuméfaction douloureuse siégeant à la base du pouce (1er compartiment) en rapport avec une atteinte inflammatoire de la gaine synoviale unique dans laquelle coulissent les tendons du long abducteur et du court extenseur du pouce. Le diagnostic est clinique (palpation, contraction résistée et étirement passif douloureux des tendons ou test de Finkelstein) et échographique. Le traitement s’appuie avant tout sur le repos sportif, le traitement anti-inflammatoire général ou local, l’immobilisation de la zone douloureuse en position neutre par une orthèse et la physiothérapie (cryothérapie, LASER, ultrasons, ondes de choc). La reprise sportive doit être progressive dès que l’examen ne retrouve plus de signes d’inflammation. On s’aidera éventuellement de l’échographie pour signer la guérison anatomique de la ténosynovite. Les cas les plus sévères et rebelles au traitement médical peuvent faire l’objet d’une prise en charge chirurgicale : synovectomie, mise à plat de la zone inflammatoire, libération des adhérences péri-tendineuses. Les suites opératoires sont généralement simples et la reprise sportive est possible en un mois.

Syndrome de l’entrecroisement des radiaux ou aï-crépitant de Tillaux

Elle s’observe fréquemment lors de l’intensification de l’entraînement ou du changement de matériel. La tuméfaction douloureuse siège ici 3 ou 4 centimètres plus haut que précédemment sur le bord radial de l’avant-bras. Elle est due à l’inflammation de la bourse séreuse située à l’intersection des tendons radiaux avec ceux du long abducteur et du court extenseur du pouce. Le diagnostic est surtout clinique (crépitation à la palpation de la zone douloureuse) et éventuellement échographique. Les principes thérapeutiques sont les mêmes que dans la tendinopathie précédente.

Tendinopathies des radiaux

Elle se traduit par une douleur à la base des 2ème et 3ème métacarpiens. Elle est due à l’inflammation de la bourse séreuse faisant coulisser les tendons des court et long extenseur radial du carpe avec celui du long extenseur du pouce.

Tendinopathie des fléchisseurs des doigts

Elle résulte d’un effort de maintien avec attitude crispée et prolongée des doigts sur la poignée de l’aviron. Elle se traduit par des douleurs le long des trajets des tendons fléchisseurs au niveau de la face palmaire de la main. Le diagnostic est clinique. Le traitement associe le repos avec orthèse et éventuellement des infiltrations cortisoniques locales. La prévention des récidives exige une amélioration de la technique.

Tendinopathie du fléchisseur ulnaire du carpe (anciennement cubital antérieur)

La douleur siège ici sur l’insertion basse du muscle sur l’os pisiforme du carpe. Le bilan doit rechercher des calcifications tendineuses et une arthrose de l’articulation pisi-hamatale. Les règles thérapeutiques sont les mêmes que pour les autres tendinopathies.

Enfin, toutes les autres formes de tendinopathies peuvent se rencontrer sur le poignet du rameur. 

Alors, le message est clair !!! Toute douleur persistante au niveau du poignet impose un bilan précis : examen clinique passif et dynamique, bilan échographique ou imagerie plus complexe, analyse précise de la gestuelle du rameur par la vidéo pour corriger les attitudes incorrectes souvent en cause dans ce type de pathologie, éventuelle modification du matériel et notamment des poignées d‘aviron.